« Les sillons de la terre »

Mouvements, 2012

Les céramistes sont posés là où il y a une veine de terre.

À L’ORIGINE, LE RAKU (1990 – 2005)

Sculptures Raku, 1990-2005

A cette époque-là, Agnès utilise un four à gaz pour les deux cuissons : celle des pièces crues et pour l’émaillage. Pour l’enfumage, les broches sont enfouies dans la sciure. Elles sont alors frottées à la brosse souple et l’éponge, “comme lorsque je reviens de la pêche aux coquillages” précise Agnès, avant d’ajouter “c’est un moment toujours riche en découvertes”. La touche finale est donnée à l’aide d’une poudre de cuivre mélangée à de l’acrylique. “Je grave l’argile et choisis pour l’émaillage des oxydes d’argent et de cuivre qui, en réduction, offrent l’aspect du métal. J’aime cet apparent mélange de matériaux… J’aime que l’observateur reconnaisse la céramique mais aussi qu’il s’interroge.”

La réalisation des broches s’inscrit aussi dans la continuité d’une recherche sur l’émaillage, selon la tradition du Raku. Bien que cette technique soit maîtrisable grâce à certaines données que l’on acquiert avec l’expérience, elle demeure pourtant source de découvertes constantes car elle permet des variations très sensibles des couleurs en fonction de température ou de durée d’enfumage.

“Terre et feu, la revue des arts céramiques”

Vases Raku, 2000

Les broches « Insectes »

“C’était l’été et j’avais entrepris d’aider les enfants à réaliser des broches. Des insectes se sont posés près de nous, des doryphores attirés par les plants de pommes de terre. Ce furent mes premiers modèles.”

Les reliefs étant réalisés à partir d’empreintes de cailloux, couteaux, noyaux, pommes de pin, “tout ce que je glanais en chemin ”, résume-t-elle amusée.

L’INSTALLATION EN TOURAINE

L’atelier La Bernellière, à Crouzilles.

“Cette petite maison m’a appelé, dans le val de Manse, au lit très large, jusqu’à l’île Bouchard. On passe ici d’une rive à l’autre, où tous les villages sont différents. L’atelier a pris du temps. Telle une céramique, le lieu a pris la taille qu’il devait prendre. Il y a quatre ans, j’ai pensé vendre. Mais c’est ici mon ancrage. Je me baigne dans la petite rivière. Et Crouzilles signifie la croisée des chemins.”

Un insecte semble lui souffler à l’oreille : “Je suis tourné vers le ciel et je sens qu’il y a quelque chose de plus grand que nous, au-delà de nous.”

A l’écoute de la nature,
l’écriture d’un langage

Les Broches, 2012. En vente à la Galerie La Manufacture de La Rochelle.

“Je voyage dans la nature. Si je suis attentive, le plus petit lopin de forêt est immense, c’est une rencontre avec l’univers. J’y glane des feuilles, des coques, des brindilles, pour l’inspiration de grandes structures en terre ou pour y apporter de la texture.”

Agnès aime travailler le fusain sur papier de soie. C’est l’expression de spontanéité : sa recherche des graphismes autour d’elle.

Le blanc, le noir et le rouge

La pratique du raku a été dans cette voie une étape essentielle. Notre céramiste aurait pu se suffire de cela mais, déjà, privilégiant la matière à la forme, elle a souhaité aller au-delà. Le raku, éreintant, aléatoire, n’a pas réussi à la combler.

Retour aux procédés plus doux, plus féminins, car, dans le lent façonnage d’une pièce, c’est une nouvelle naissance induite. Agnès s’attache alors à trois terres : noire pigmentée, blanche craie et ocre rouge. Crues, elle en aime la sensualité. Cuites, elle en écoute la musique. Et de passer son doigt sur les vases et les pots, révélant un concert de notes pures qui tient du tintement des cloches et du résonnement des tambours de l’Afrique. La terre, donc, revient au centre de l’art.

– Alice Lafforgue

TERRES GRAVÉES (2005 – aujourd’hui)

Vase Canope
Paille
Paille noire

Deux ou trois terres différentes, une argile noire recouverte d’une terre blanche ou rouge, modelées sur une forme arrondie à l’aide d’un bâton ou d’une balle, et un traitement par motifs gravés, estampés, croisés, enlevés, impliquant une répétition de gestes inscrits dans un rythme, une respiration, qui mettent en jeu l’entier du corps et de l’esprit, en grande proximité avec son matériau.

– Carole Andréani
Coussin
Monts Fuji

Les pièces d’Agnès His sont sensuellement dépouillées, abstraitement contemplatives. Jarres, coupes, formes oblongues et étirées d’une douceur impalpable révèlent secrètement leur déchirures. Griffées, taillées, sculptées dans la chair même de la terre, régulièrement, comme une écorce : cicatrices blanches sur fond noir ou noires sur fond rouge, elles vibrent d’une fragile nostalgie.

– Philippe Soussens
Enclume

“A 40 ans, j’ai repris des études d’histoire de l’art. Je me suis ouverte à l’architecture contemporaine. J’y ai appris l’importance de la lumière. Un livre m’a particulièrement marqué, L’éloge de l’ombre, de Junichirô Tanizaki, une réflexion sur la conception japonaise du beau. L’auteur développe l’esthétique de l’ombre, de la lueur diffuse qui révèle l’instant du détail.”

Agnès aime la danse.

Le corps en mouvement est central dans son travail.

Elle est très inspirée par le travail du chorégraphe Angelin Preljocaj.

Défiant la pesanteur, il propose une danse qui jongle avec les frontières et les mondes, d’un répertoire classique au plus contemporain, de la fable à la guerre, du rituel à l’électronique.

MATIÈRES
EN MOUVEMENT

“Ces pièces blanches et noires pourraient s’appeler Falaises. Elles ont été inspirées par la côte normande, ma région d’origine. J’y cherche le moyen de traduire douceur et ondulations.”

Écorce, 2011
Mouvements
Déroulement

LA LIGNE

L’exploration de la relation,
à soi,
à l’autre,
au monde

Rubans

Fusains et Rubans, 2012

SUSPENDRE LE MOUVEMENT

Sculptures d’argiles

Buisson, écorces, pailles, feuilles d’argile, mouvements et déroulements, le vocabulaire d’Agnès His emprunte autant à la nature qu’à la création textile et à la danse.

La série : Les Buissons

Fusain Jaillir, 2020

Buisson Grand Vent, 2012

C’est bien de tout ce qui a lieu dont se nourrit l’œuvre d’Agnès His, bien au-delà de l’objet. Il est question ici des ornières foulées, des doigts plongés au cœur des sillons, des regards portés jusqu’à la crête, de l’humus caressé, des odeurs sublimes des terres d’après l’orage. Le paysage intérieur guide le geste, les mémoires d’écorce, les champs labourés plus loin, et les buissons qui permettent le ciel. L’enfance de mer ici se minéralise, les houles s’habillent de silex, l’écume se végétalise.

La Bernellière (atelier de l’artiste), vaisseau plus haut hissé, nous livre au cabotage, de la terre à la terre, ivre “d’horizons souples” que seul le feu tendra. Ainsi s’érigent les phénomènes de ce qui se présente à nous, consciemment, simplement, évidemment, profond comme un souffle, précaire comme l’équilibre. Repliées, pressées, contraintes, repoussées, voici “élevées les terres”, véritablement.

– Philippe Berthommier

INSTALLATIONS MURALES

Paysages subjectifs, installation à la Manufacture.
Paysages subjectifs, installation à La Louvière.
Calligraphies Chorégraphies, installation à La Bernellière.
Commissaire d’exposition : Basile Pellé.

Mise à jour : 30/09/2021

Photographies : Jacques Péré, Jean-Claude Launey, François Belliard, & Agnès His.